For Work / Against Work
Debates on the centrality of work

L'écriture du désastre

by Blanchot, Maurice (1980)

Abstract

D'une manière qui sollicite la lecture en lui demandant de se renouveler, Maurice Blanchot poursuit la «méditation» qu'il mène (et qui le conduit) depuis de nombreuses années. «L'Écriture du désastre» est peut-être une recherche de l'exigence fragmentaire qui n'est pas recherche inachevée, mais est au-delà de tout accomplissement, au-delà même de tout au-delà - recherche qui dérange tout et d'abord l'écriture, rendant celle-ci discontinue sans la rendre aphoristique, exténuée parfois, défaillante parfois, sans fin, toujours livrée à l'autre.

Key Passage

“Camps de concentration, camps d'anéantissement, figures où l'invisible s'est à jamais rendu visible. Tous les traits d'une civilisation révélés ou mis à nu (« Le travail libère », « réhabilitation par le travail »). Le travail, dans les sociétés où il est précisément exalté comme le mouvement matérialiste par lequel le travailleur prend le pouvoir, devient l'extrême châtiment où il ne s'agit plus d'exploitation ni de plus-value, mais la limite où toute valeur s'est défaite et le « producteur », loin de reproduire au moins sa force de travail, n'est même plus le reproducteur de sa vie, le travail cessant d'être sa manière de vivre et devenant son mode de mourir. Travail, mort : équivalents. Et le travail est partout, à tout moment. Lorsque l'oppression est absolue, il n'y a plus de loisir, de « temps libre ». Le sommeil est sous surveillance. Le sens du travail est alors la destruction du travail dans et par le travail. Mais si, comme il est arrivé dans certains kommandos, travailler consiste à porter au pas de course des pierres à tel endroit, à les empiler, puis à les ramener toujours courant au point de départ (Langbein à Auschwitz; le même épisode au Goulag, Soljenitsyne) ? Alors, le travail ne peut plus se détruire par quelque sabotage, s'il est déjà destiné à s'annuler lui-même. Pourtant, il garde un sens : non seulement détruire le travailleur, mais, plus immédiatement, l'occuper, le fxer, le contrôler et, en même temps, peut-être lui donner conscience que produire et ne pas produire, c'est tout un, c'est également le travail, mais, par là, faire prendre conscience à ce rien, le travailleur, que la société qui s'exprime par le camp de travail est ce contre quoi il faut lutter, même mourant, même survivant (vivant malgré tout, au-dessous de tout, par-delà tout) ; survie qui est (aussi bien) mort immédiate, acceptation immédiate de la mort dans son refus (je ne me tue pas, parce que cela leur ferait trop plaisir, je me tue donc contre eux, reste en vie malgré eux). » (p.139)

Keywords

Civilisation, Disasters, Holocaust, Oppression, Unpaid Labour, Materialism, Power, Exploitation, Death

Themes

Blanchot

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